JE SUIS VEGAN MARATHON

Magà finisher

VEGAN MARATHON est une Organisation Non Gouvernementale (ONG), fondée en 1990, dont les objectifs sont le dépassement de soi et la libération animale, la tolérance, l’éthique, la morale, la bienveillance et le respect à l’égard de tous les êtres vivants. Le 9 avril 2017, lors du 41eme Marathon de Paris, Magà Ettori le fondateur de l’ONG a fait connaitre VEGAN MARATHON au grand public. « AIO » (affirmer quelque chose d’important en indo-européen) est le mot de ralliement de VEGAN MARATHON. Cette exclamation vient ponctuer les grands moments du CLAN VEGAN MARATHON. Alors quand Magà Ettori nous raconte son VEGAN MARATHON, cela ne peut se conclure que par un formidable « AIO » !

VEGAN MARATHON, la course

Nous sommes à Paris, le 9 avril 2017, une chatoyante matinée de printemps. A 8h20 les militants de la cause animale sont dans le métro et tractent tandis que les époux Lonyangata-Rionoripo et l’élite du 41e marathon de Paris se propulsent en direction de la ligne d’arrivée. Le couple de kenyans remporteront l’épreuve en 2h06’09 » pour Paul Lonyangata et en 2h20’55 » pour Purity Rionoripo (nouveau record de l’épreuve).  Depuis bientôt 11 mois je me prépare à cette course. J’ai filmé toute la préparation en vue d’un film intitulé VEGAN MARATHON, du nom de l’ONG fondé en 1990. J’ai choisi Paris, pour le tableau final. Équipé d’un caméra sportive je filme l’épreuve de l’intérieur, alors qu’une dizaine de caméras m’attendent sur le parcours pour immortaliser ma progression.
Pierre-Marie, le chef opérateur va se déplacer en solitaire, caméra à l’épaule. Nous avons prévu un dispositif de tournage autour des militants animalistes. La plupart des associations liées à la cause animale ou au végéta*isme nous soutiennent. Nous avons prévu six « QG  ANIMALISTES », c’est-à-dire des lieux ou les activistes pourront sensibiliser à la cause, la presse mondiale, les 57 000 coureurs et les 250 000 spectateurs. L214 doit se placer au 13e et au 30ème km ainsi qu’à l’arrivée. Le choix du 30ème km n’est pas innocent puisqu’il symbolise le mur du marathon (phénomène physiologique reconnu, qui intervient généralement entre le 30ème et le 35ème kilomètre de course. Il correspond à l’épuisement des réserves de glycogène, une défaillance physique assimilable à un coup de pompe, ce qui provoque le plus grand nombre d’abandons).
Le Collectif contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animale (CCE2A) a prévu d’être au départ, à l’arrivée et à Bastille, de même que 269 Life France. L’organisation est en place, sur le plan sportif c’est une autre histoire. A l’origine du projet, je pesais 140 kg, je faisais des apnées du sommeil potentiellement mortelles et de l’hypertension. Très sportif dans ma jeunesse (et quelques médailles à mon actif), j’ai toujours souhaité participer à un marathon. Suite à un accident, puis à deux greffes d’organes, j’ai arrêté le sport. 25 ans plus tard, à 45 ans, mon rêve de marathon persiste, plus présent que jamais. Je veux aussi faire connaître l’ONG VEGAN MARATHON. Au départ mon idée c’était New-York, la Skyline de Manhattan depuis Liberty Island, mais Paris était un choix intéressant par rapport à nos amis de la cause animale. J’en parle à Thierry Pistorozzi, mon ami coach sportif à Bastia. Thierry pense que le challenge est possible, il ne m’en fallait pas plus. Son expertise et ma determination vont faire des miracles, c’est certain.
L’entraînement commence en mai 2016, par une minute de course et une minute de marche, une minute de course, etc. Le marathon de Paris est loin; quasi inaccessible. Ma fille Ariakina, me donne l’élan nécessaire à ce moment de grands doutes. J’aurais sans doute jeté l’éponge si j’avais dû m’entraîner seul. C’est étrange ce que vous font faire les enfants. Ondalina, ma fille aînée me sert également de source d’inspiration. Il y a quelques années, elle s’était elle-même inscrite dans un challenge, bien plus difficile que mon marathon. Défi dont elle était sortie victorieuse et qui changea fondamentalement sa vie. D’autres personnes m’inspirent dans ce challenge, notamment mes amis Janette Murray-Wakelin et Alan Murray. Âgés respectivement de 64 et 68 ans, ce couple de végane crudivore a couru un marathon par jour pendant 366 jours consécutifs, soit plus de 15000km en un an, le tour de l’Australie. Mon amie Janette avait survécu à un cancer. Autre source de motivation Ma terre, la Corse a toujours été une grande pourvoyeuse de combattantes. J’ai quelques exemples de guerrières autour de moi, comme Patricia mon épouse (responsable de la section marche de VEGAN MARATHON et spécialiste de la cuisine végétale corse), ma mère, ma grand-mère, qui sont de véritables warriors. Il y a quelques années, j’ai réalisé Maquisardes, un documentaire sur les résistantes pendant la Seconde Guerre mondiale, et j’ai toujours su que « mes » femmes étaient de cette trempe là.

La défaite n’est pas une option. C’est ce que je me disais pendant la période de préparation, la défaite n’est pas une option. J’ai couru par tous les temps, de -10° à + 35°, l’été, l’hiver, avec la pluie et le vent. Mes pas lourds sur le bitume, jours après jours. Le lundi et le mardi repos, le mardi étant le jour du jeûne de 24h. Le mercredi une course intermédiaire, le jeudi PPG (renforcement musculaire), le vendredi fractionnés, le samedi PPG et le dimanche course longue.

Mon métier est très chronophage, pourtant je n’ai pas manqué un seul entraînement (sauf quand j’ai eu la grippe qui m’a cloué au lit, et au moment de la fracture du pied). La défaite n’est pas une option, c’est ce que je me dis tous les matins en me réveillant, épuisé à cause des apnées du sommeil.
De fait, au moment où franchir la ligne de départ j’entame mon 9000ème marathon. Les comptes sont vite faits, un marathon par nuit depuis 25 ans. Les apnées du sommeil, les micros réveils et les courbatures, la fatigue le lendemain sont bien plus terribles que le marathon de Paris, c’est ce que je pensais à ce moment-là. Ce qui restera le véritable exploit de cette aventure, c’est que quelques semaines après le marathon de Paris, je me suis aperçue que les apnées avaient disparues, j’ai donc rendu le masque avec un grand soulagement après des années de galères. Mon hypertension se sera envolée après ce challenge.
Mais pour arriver à ce résultat il a fallu une régularité sans faille. Une fois passé les 10 premiers mois de « remise en forme », nous avons commencé une préparation spécifique marathon de 12 semaines, allant jusqu’à 100 km par semaine de course. Le travail du coach pour m’emmener jusqu’à ce niveau a été proprement incroyable.
Seule ombre au tableau, une fracture du pied suite à un choc contre un trottoir un mois avant le marathon. La douleur de la 5eme phalange se faisant de plus en plus vive au fur et à mesure de la préparation. J’ai atteint le maximum de douleurs après la dernière course longue où j’ai couru 30 km en 4 heures. Le pied en gonflant a surmultiplié la douleur, hypothéquant ma participation à la course.
Heureusement que le programme spécial marathon se soldait par une semaine de repos. La douleur s’étant un peu atténuée, je me disais que ce temps de repos allait suffire. L’avant-veille de la course, je me suis rendu au salon du running pour récupérer mon dossard. Le salon était passionnant, j’ai beaucoup piétiné, et rencontré des personnes formidables. Le problème, c’est qu’a la fin de la journée je n’arrivais plus à marcher.
La veille du marathon j’avais une dernière course d’entrainement à faire. Symboliquement nous l’avons couru avec Ariakina. Elle était là au début et à la fin. 20 minutes, qui furent très longues et confirmèrent mes craintes, la douleur allait m’accompagner jusqu’au bout du challenge. AIOOOO… La dernière nuit, je me suis péniblement endormi à minuit trente, et à trois heures du matin j’étais assis dans le lit les yeux grands ouverts comme un hiboux. A 7h, nous étions avec mon épouse et mes deux filles dans le métro en direction du premier QG ANIMALISTE sur les Champs-Elysées. Marco le président de CCE2A et Stéfany nous attendaient avec le matériel, banderoles et autres drapeaux. Premiers bisous de la journée, mais pas les derniers. Nous sommes rejoint par les autres associations? Nos amis de KM les Veganautes (qui ont fait fabriquer des badges Vegan Marathon pour notre concours), 269 Life France et notre équipe de tournage arrivent.
A 8h45 je rentre dans la zone coureurs par le sas vert, celui où les participant doivent rejoindre la ligne d’arrivée Avenue Foch en 4 heures. Je n’ai jamais eu l’intention d’arriver dans ces temps, mais comme je n’en savais rien au moment d’acheter le dossard, j’en ai pris un au hasard. Ici de nombreux coureurs guettent un rayon de soleil, certains sont déguisés, un couple avec un haut de forme et un voile portent un tee-shirt où est inscrit « 42,195, notre cadeau ». Je vois un vegan que je connais, Chris un runner anglais, puis je rencontre une dizaine de runners véganes, tous me connaissent mais je n’en connais aucun. Je me dis que c’est bien d’avoir médiatisé VEGAN MARATHON de la sorte. La prochaine fois nous pourrons faire le marathjon en équipe et pourquoi pas un chaîne humaine dans les spectateurs ? Ce serait un beau challenge.
Mon pied me fait mal, et la station statique n’arrange rien. L’heure du départ arrive. Je me trompe de sas et en définitive je pars dans un autre sas, celui des coureurs qui doivent faire le marathon en  4h30. Il est 9h41, et nous sommes quelques milliers à nous élancer sur les Champs-Elysées.
J’aborde la rue de Rivoli plutôt bien. En voyant des vidéos des précédentes éditions du marathon, j’imaginais qu’il devait y avoir plus de chahut au départ. En fait il y a beaucoup d’espace dans la descente vers la Concorde. Je pars plutôt vite par rapport à mon niveau habituel, mais je ne suis pas inquiet je fais souvent ça à l’entraînement avant de trouver mon rythme. Il doit faire dans les 15°C et même si la température est idéale, un nombre important de coureurs longent le côté gauche de la chaussée rue de Rivoli, protégés du soleil. J’avais promis à l’équipe de tournage de courir toujours à droite, mais je me résigne à rejoindre le côté gauche, après tout il ne doit y avoir personne de mon équipe jusqu’à Bastille où se trouve le second QG ANIMALISTE. Ce que je ne savais pas c’est que des dizaines de militants véganes, végétariens et animalistes, allaient se mettre sur le bord de la route entre Concorde et Bastille pour m’encourager. Certains avaient des pancartes avec mon prénom dessus, ou Vegan Marathon.
C’était porteur. Je me suis dit à ce moment là que mon idée de chaîne humaine serait vraiment bien pour la cause et pour les runners de VEGAN MARATHON si nous faisons la course en équipe. J’essaie de saluer tous les supporters mais à force de zigzaguer d’un côté à l’autre de la route, j’ai fini par manquer le premier point de ravitaillement. J’espérais aussi voir le deuxième QG ANIMALISTE, mais il n’y avait personne. J’apprendrai plus tard, qu’ils avaient eu des soucis dans le métro pour aller d’un point à l’autre. Mes filles et l’équipe de tournage étaient là et me filmaient dés le début du Faubourg Saint-Antoine.
Trente cinq minutes pour faire les 5 premiers km, ça va, j’étais dans mes prévisions. Paradoxalement c’est sur cette distance que j’ai eu le moins mal au pied, la foulée étant plus longue, je courrais mezzo-pied et j’ai sans doute moins appuyé sur la partie douloureuse.
En direction du Château de Vincennes, rue de Reuilly puis avenue Daumesnil, plusieurs montées successives m’obligent à baisser le rythme, et tout de suite le pied me rappelle à son bon souvenir, mais c’est supportable. J’arrive à un bon rythme au km 10 pour mon premier ravitaillement (ayant loupé le précédent). J’ai très soif, je prend deux bouteilles d’eau que je bois coup sur coup, et je repars. C’est ma première erreur. Aux entraînements j’avais l’habitude de boire au fur et à mesure, par petites gorgées et je n’ai jamais eu de soucis. Ici, alors que je passais devant le Château de Vincennes, j’avais mal au ventre et j’entendais d’étranges gargouillis. A tel point que je ne me suis pas arrêté au ravitaillement suivant. Hé oui, deuxième erreur.
Au km 13, dans le bois de Vincennes, je retrouve Maïté, (une de nos militantes VEGAN MARATHON, grande marcheuse). Elle me mitraille de son appareil photo. Pendant la semaine qui précédait le marathon, la toile s’est enflammée en apprenant ma blessure. Certains pensaient que j’étais inconscient de courir tout de même, d’autre écrivaient que je devais aller au bout. Maïté me conseillait jour après jour, à propos des soins que je devais apporter au pied. Elle n’a jamais contesté ma décision. Il n’y a rien à faire concernant une fracture si ce n’est du repos, et ça impliquait de jeter aux orties des mois de dur labeur, impossible de mon point de vue. Enfin et surtout, j’avais embarqué beaucoup trop de monde dans cette aventure pour revenir en arrière. Les associations avaient confectionné des banderoles, des affiches, des badges, je ne me voyais vraiment pas leur faire défaut.
Pendant 9 km Maïté m’a suivi à vélo, et quelquefois m’a précédé pour me mitrailler à nouveau. Elle a ensuite troqué son blouson aux couleurs de L214 pour un tee-shirt militant. Alors que des personnes dans la force de l’âge commençaient à souffrir de la chaleur, Maïté pédalait comme une jouvencelle vers la sortie du bois de Vincennes. Je la filmais avec ma Gopro autant qu’elle me photographiait.
Au km 15 un runner s’approche de moi vivement. Il s’agit de Nicolas, un runner avec Vegan Power sur le tee-shirt : « C’est grace à vous que je cours le marathon, courage » me lance t’il avant de s’échapper à grandes enjambées. Je retrouverais aussi Nicolas et sa soeur Céline dans la suite de l’aventure, car ils deviendront des membres de notre organisation.
A 11h45 j’arrivais au km 15 – en deux heures – et j’étais déjà cuit comme un pop corn. Au QG ANIMALISTE suivant ma fille s’inquiétera de ma couleur cramoisie. Il fait chaud, certes, je repars avec trois bouteilles d’eau du ravitaillement suivant, une dans chaque poche et une à la main. Je me dis que la remontée de l’avenue Daumesnil en direction de Bastille va être terrible, et elle l’est. Pourtant j’accélère un tout petit peu car j’ai très envie de revoir mon équipe au prochain QG qui se trouve au 22eme km. Ils sont tous là au tournant de l’avenue Bourdon. Je vois d’abord mes filles qui me filment ainsi que l’équipe de tournage, Patricia mon épouse est non loin, en plein soleil (ça va se payer le lendemain, vive les insolations). Marco et toute l’équipe du CCE2A ainsi que Régis et 269 Life France sont là, donnant de la voix, drapeaux d’ALF, et bannières au vent. Eux aussi sont en plein soleil depuis ce matin. Avec la chaleur, ma vitesse a un peu baissé dans les bois et en baissant ont accentuer ma douleur. Depuis le 15ème km la douleur est vive, pourtant je passe le 22e sourire aux lèvres.
Pour un coureur de mon gabarit la pression exercée en course sur mes jambes peut aller jusqu’à 1346kg (12 X113), c’est dire si j’hypothèque mes chances de réussite à chaque pas. J’ai donc commencé à prendre du retard sur mes prévisions.
Mes courageux supporters attendaient en plein soleil, en profitant pour communiquer pour la cause. Taz avait imprimé des flyers (sur le thème sport et véganisme), qu’ils distribuaient avec les autres activistes. Les animaux ont bien de la chance d’avoir de tels soutiens, et moi aussi. En arrivant à leur hauteur, je leur fais une bise à tous et je les remercie vivement. Je ne suis pas certain qu’ils mesurent à quelle point leur présence est cruciale. Oui la chaîne humaine en 2018, voilà le prochain grand challenge.Je repars donc le coeur léger, me disant que j’avais déjà parcouru plus de la moitié du marathon, et qu’un semi je sais déjà faire. Ma joie est de courte durée, je sombre entre le quai des Célestins et la Voie Georges Pompidou. Les descentes et les remontées des tunnels ont raison de mon stoïcisme. Vais-je arriver encore à tenir longtemps ? J’ai l’impression qu’une armée de démons se glisse sous mon pied pour enfoncer des épées, qui me transpercent de part en part. La douleur irradie mon pied, mon mollet, le devant de la jambe et jusque dans les bras. Je suis à un peu plus de la moitié du parcours, à 4h20 de course, et je n’ai jamais couru plus longtemps. La température culmine à 25° soit 10 degrés de plus que la veille. J’ai l’impression que ma peau est brûlée sur chaque partie de mon corps. Ma fréquence cardiaque est à 150 alors que je ne cours plus qu’à 6,5 km/heure. J’ai de mauvaises pensées. Mes tests à l’effort ont démontré que j’ai une capacité cardiaque équivalente à celle de certains champions (380 watts), mais il n’en est pas de même de l’hypertension. Lors des tests à l’effort j’étais à 160 au repos grimpant jusqu’à 240 vers la fin du test. Et nous n’étions certainement pas dans des conditions aussi extrêmes. Un AVC n’est pas si improbable. Bon ok, je chasse cette idée rapidement (merci coach pour la méditation), et je me concentre sur le km 30, c’est-à-dire le mur du marathon, où devait m’attendre Laurent le coordinateur de L214, ainsi que mon équipe de tournage et ma famille. Je m’efforce de visualiser ce moment, alors que je vois autour de moi les ambulances défiler (plus de 1000 interventions dans la course), et des sportifs allongés ou assis au bord de la route. Arrivé au 30 kilomètre rien, personne. J’ai un moment de tristesse, mais je ne m’arrête pas. Arrivant presque au km 31, j’aperçois mes filles et les caméras, qui valdinguent de toute part. Je cherche les miens du regard, ce qui semble un peu contrarier mon chef opérateur. Laurent avait repoussé le QG animaliste devant la maison de la radio, et là surprise, une véritable haie d’honneur m’attend. Les militants hurlent « Magà, Magà! ». Les militants de part et d’autre de la route, brandissent des pancartes avec mon nom dessus, ou mon visage, et également des slogans liés à Vegan Marathon ou à la cause animale. Dire que je suis heureux de voir tous ces visages amis est en-dessous de la vérité. Moment de joie intense, qui se concrétise par des embrassades et des effusions. Je m’arrête et je les embrasse tous les uns après les autres. L’espace d’un instant j’oublie la course. Le militants me suivent sur plusieurs mètres,  insistent pour prendre une photo. Je ne peux rien leur refuser. Je fais quelques pas encore en tenant Laurent par l’épaule. Je suis impressionné par la détermination de ces militants, restés des heures en plein soleil. Laurent a bien œuvré. Il a préparé cette organisation pendant des semaines, confectionné des affiches et mobilisé les troupes. Tant d’attention, j’étais vraiment touché. Grace à eux, là pour le coup, j’étais devenu indestructible et j’allais en avoir bien besoin.
 Même si j’avais pris un retard énorme sur mon plan de course, il n’y avait rien de catastrophique. Je me préparais à mettre en place un rituel pour les 11km restants. J’ai choisi de courir ce marathon sans musique. D’une part pour profiter de ce qui se passe autour, mais surtout pour que le moment ou je branche mes écouteurs soit d’un réel intérêt. Aller au delà du mur du marathon, était un premier objectif, finir la course allait devenir mon objectif, et la musique allait m’y aider. Je mis mes écouteurs, et m’apprêtais à tout donner sur la distance restante. Avec la musique, dans ma bulle, je me coupais du monde. Je visualisais mon arrivée, en oubliant tout le reste, y compris Mes supporters à l’arrivée. Un dernier regard à ma fréquence cardiaque, ma vitesse et… je sens une main qui me tape sur l’épaule.
Une jeune femme sur un vélo. J’enlève mes écouteurs. – « Vous êtes hors temps ! » m’annonce-t-elle sans s’arrêter. – « Pardon ? » – « Vous êtes hors temps, si vous n’atteignez pas le prochain kilomètre dans une minute vous êtes déclassé ». En me retournant je vois la voiture balai sur laquelle est inscrite 6H, et je comprend qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie. Mon sang ne fait qu’un tour. Je lui lance « j’y serais ! » et j’accélère. Ma vitesse augmente rapidement, 8,9,10, 11 km/h. Je double les autres coureurs par poignées de 10. J’arrive à temps au kilomètre suivant, je garde le rythme et j’accélère même encore un peu. Il ne reste plus que 8 kilomètres, je ne ressens aucune douleur, pas d’essoufflement, je ne sais pas à quoi je suis shooté mais je vole carrément. Je vois encore des militants sur le bord de la route, et je croise le regard de mon ami Ludovic. Je suis à fond. A 7 kilomètres de l’arrivée, plus rien ne peut m’arrêter, je ne vois plus la voiture balai depuis longtemps.
Encore 300 mètres, puis c’est catastrophe. Au tournant suivant, en pleine euphorie,  mon pied droit touche le sol, et je sens une décharge électrique qui traverse mon corps. La fracture a été combattu au delà du raisonnable. J’ai choisi de ne pas tenir compte de la douleur, mais cette stratégie venait d’atteindre ses limites. A présent, je suis incapable de poser le pied par terre. Je tente une dernière charge, impossible. Encore une autre et une autre, chaque fois le résultat empire. La douleur est terrible. Je commence à transpirer démesurément. Depuis le km 31 il n’y a plus aucun ravitaillement. Il y a bien un stand qui distribue des boissons énergisantes mais je sais que leurs produits contiennent des traces de lait, de mollusques et de crustacés. Je refuse la boisson, mais le problème n’est pas là. Je ne manque pas d’énergie, je pourrais faire de la revente aux autres coureurs. Non mon vrai problème est la douleur incessante. A ce seuil, il n’est plus question de méditation, et je ne pense qu’à cette blessure. J’envisage toutes les possibilités, y compris courir les derniers kilomètres à cloche pied. La seule chose certaine, c’est que pour rien au monde je n’arrêterais. J’allais ramper jusqu’à la ligne d’arrivée s’il le fallait, mais j’allais y arriver. Et c’est pratiquement ce qui s’est passé. A un moment donné ma montre Polar s’arrête également. Batterie faible. Plus moyen de connaître ma fréquence cardiaque, la distance, plus rien. La voiture balais me double. J’avais l’impression d’être un naufragé. De rage je m’élance dans une tentative désespérée, mais c’est impossible d’aller plus loin. Je ne peux pas faire un mètre de plus, pas comme ça en tout cas.
Je me calme, prend une grande respiration, et commence à courir à petites foulées, puis à marcher, alternant avec les petites foulées. J’allais y arriver. A 200 mètres de l’arrivée mes filles me rejoignent, pour courir avec moi. Des militants nous encadrent. Nous continuons ainsi pratiquement jusqu’à la ligne d’arrivée. Arrivés à quelques dizaines de mètres de la ligne, un agent se dresse face à nous pour nous empêcher de franchir la ligne. Derriere moi deux runneuses qui sont allés au bout d’eux-mêmes pleurent. Elles ont dépassées leurs limites personnelles. Je suis également déçu, j’avais prévu de remettre ma médaille de finisher à l’association CCE2A.
C’est là que les militants ont décidés de prendre les choses en main. Le personnel chargé de la sécurité s’est vite rendu compte que contenir les militants de la cause animale n’est pas une mince affaire. Je poursuis ma route avec Ondalina et Ariakina et les militants.Le tambour de Nathalie résonne, le mégaphone de Taz crachote, les personnes de la sécurité s’énervent, faisant écho aux applaudissements des militants. Mes amis me guident vers une contre-allée que nous rejoignons à petite foulée. Le compteur officielle tourne toujours, nos caméras filment, et nous avons fait ce que nous savons faire : RESISTER ! Rejoint par d’autres frères et sœurs de la cause animale (et une runneuse opportuniste), nous nous plaçons face à l’arrivée. Encore 10 mètres et je serais marathonien, un challenge aussi militant que sportif, dans la droite ligne de VEGAN MARATHON. La ligne est franchie, nous crions, pleurons, les AIO résonnent, la sécurité s’énerve, VEGAN MARATHON est une réussite totale, à l’image de cette lutte titanesque qu’est la protection du vivant. La prise de conscience, l’abolition de l’exploitation animale, la chute de tous les murs de préjugés (le végane carencé là pour le coup), la fin de toutes les discriminations, du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de l’esclavage sous toutes ces formes, c’est à nos militants que nous la devons. Ils croient à un avenir serein, plus fraternel, plus juste et plus respectueux, et j’y crois aussi. Ma victoire personnelle était acquise au moment où je me présentais sur la ligne de départ du marathon de Paris, merci coach. Ces 11 mois de préparation m’ont complètement transformé, guéris, et je méritais déjà ma médaille de finisher. Cette médaille l’organisation du marathon finira par me la décerner et je la remettrai à l’association CCE2A trois mois plus tard entouré de toute l’équipe des runners et des bénévoles de VEGAN MARATHON. Finalement cette arrivée est complètement en cohérence avec la lettre et l’esprit de Vegan Marathon un acte de résistance, de la fermeté dans nos convictions, beaucoup, beaucoup de générosité, et de nombreux bisous.
J’aime la justice l’idée de courir pour les humains et  pour les animaux. Le marathon est une voie de l’humilité, du courage et de l’empathie, des vertus indispensables à la préservation du vivant. Mon nom est Magà Ettori, je suis un corse et citoyen du monde, végane et animaliste, abolitionniste et antispeciste, cinéaste et marathonien, mais tout ça importe peu car au bout du compte, je suis VEGAN MARATHON. AIO le CLAN, AIOOO !
le compteur marque 8:32 37 (depuis le matin, mais le temps de Magà Ettori est de 6:32

crédit photos reportage : Ondalina Ettori, Ariakina Ettori, Pierre Marie Paubel, Caroline Richard Sevilla, Nathalie Krier, Maïté Bachata

VEGAN MARATHON - SITE BOUTON 21

 

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