JE SUIS VEGAN MARATHON

Le 9 avril 2017, s’est déroulé le 41eme Marathon de Paris. Ce jour là, Magà Ettori a fait connaitre sur les 5 continents VEGAN MARATHON, qu’il a fondé 27 ans plus tôt ; Une Organisation Non Gouvernementale (ONG), dont le fondement est le dépassement de soi, la force de l’exemple, la tolérance, l’éthique, la morale, la bienveillance et le respect à l’égard de tous les êtres vivants.

VEGAN MARATHON a un mot de ralliement : « AIO », qui se rapproche de « dire oui, affirmer, dire quelque chose d’important » en indo-européen. Cette exclamation  vient ponctuer les propos importants du CLAN VEGAN MARATHON. Alors quand Magà Ettori nous raconte le 41eme Marathon de Paris, cela ne peut se conclure que par un formidable : AIO le CLAN, AIOOOO !

 VEGAN MARATHON, la course

Nous sommes le 9 avril 2017, une chatoyante matinée de printemps. A 8h20 les époux Lonyangata-Rionoripo et l’élite du 41e marathon de Paris se sont propulsés en direction de la ligne d’arrivée. Le couple de kenyans remporteront l’épreuve en 2h06’09 » pour Paul Lonyangata et en 2h20’55 » pour Purity Rionoripo (nouveau record de l’épreuve).  A la même heure les militants de la cause animale tractent dans le métro.

Depuis bientôt 11 mois je me prépare à cette course. J’ai filmé toute la préparation en vue d’un film intitulé Vegan Marathon. Pour le tableau final, Paris sera notre plateau de tournage. Équipé d’un caméra sportive je filme l’épreuve de l’intérieur, alors qu’une dizaine de caméras m’attendent sur le parcours pour immortaliser ma progression.
Pierre-Marie, le chef opérateur va se déplacer en solitaire, caméra à l’épaule. Nous avons prévu un dispositif de tournage autour des militants animalistes. La plupart des associations liées à la cause animale ou au végéta*isme nous soutiennent. Nous avons prévu six « QG  ANIMALISTES », c’est-à-dire des lieux ou les activistes pourront sensibiliser à notre cause, la presse mondiale, les 57 000 coureurs et les 250 000 spectateurs. L214 doit se placer au 13e et au 30ème km ainsi qu’à l’arrivée. Le choix du 30ème km n’est pas innocent puisqu’il symbolise le mur du marathon, un phénomène physiologique reconnu, qui intervient généralement entre le 30ème et le 35ème kilomètre de course. Il correspond à l’épuisement des réserves de glycogène, une défaillance physique assimilable à un coup de pompe, ce qui provoque le plus grand nombre d’abandons.
Le Collectif contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animale (CCE2A) a prévu d’être au départ, à l’arrivée et à Bastille, de même que 269 Life France. A l’origine du projet, je pèse 140 kg, je fais des apnées du sommeil potentiellement mortelles et
de l’hypertension. Très sportif dans ma jeunesse (et quelques médailles à mon actif), j’ai toujours souhaité participer à un marathon. Suite à un accident, puis à deux greffes d’organes, j’ai arrêté le sport. 25 ans plus tard, à 45 ans, mon rêve de marathon persiste, plus présent que jamais. Bon d’accord je rêvais de New-York, la Skyline de Manhattan depuis Liberty Island, mais Paris restera toujours Paris. J’en parle à Thierry Pistorozzi, un ami coach sportif. Thierry pense que le challenge est possible et que je pourrais arriver au bout du Marathon de Paris,  pour moi et pour la cause animale.
La course, pour sensibiliser à une cause est une pratique courante. Voilà l’argument gagnant. L’entraînement commence en mai 2016, par une minute de course et une minute de marche, une minute de course, etc. Le marathon de Paris est loin; quasi inaccessible. Ma fille Ariakina, me donne l’élan nécessaire à ce moment de grands doutes. J’aurais sans doute jeté l’éponge si j’avais dû m’entraîner seul. C’est étrange ce que vous font faire les enfants. Ondalina, ma fille aînée me sert également de source de motivation. Il y a quelques années, elle s’était elle-même inscrite dans un challenge, bien plus difficile que mon marathon. Défi dont elle était sortie victorieuse et qui changea fondamentalement sa vie. Ma terre, la Corse a toujours été une grande pourvoyeuse de combattantes. J’ai quelques exemples de guerrières autour de moi, comme mon épouse, ma mère, ma grand-mère, qui sont de véritables warriors. Il y a quelques années, j’ai réalisé Maquisardes, un documentaire sur les résistantes pendant la Seconde Guerre mondiale, et j’ai toujours su que « mes » femmes étaient de cette trempe là. La défaite n’est pas une option. C’est ce que je me disais pendant la période de préparation, la défaite n’est pas une option. J’ai couru par tous les temps, de -10° à + 35°, l’été, l’hiver, avec la pluie et le vent. Mes pas lourds sur le bitume, jours après jours. Le lundi et le mardi repos, le mardi étant le jour du jeûne de 24h. Le mercredi une course intermédiaire, le jeudi PPG (renforcement musculaire), le vendredi fractionnés, le samedi PPG et le dimanche course longue. Mon métier est très chronophage, pourtant je n’ai pas manqué un seul entraînement (sauf quand j’ai eu la grippe qui m’a cloué au lit, et au moment de la fracture du pied). La défaite n’est pas une option, c’est ce que je me dis tous les matins en me réveillant, épuisé à cause des apnées du sommeil. De fait, au moment où franchir la ligne de départ j’entame mon 9000ème marathon. Les comptes sont vite faits, un marathon par nuit depuis 25 ans. Les apnées du sommeil, les micros réveils et les courbatures, la fatigue le lendemain sont bien plus terribles que le marathon de Paris, c’est ce que je pensais à ce moment-là. Ce qui restera le véritable exploit de cette aventure, c’est que quelques semaines après le marathon de Paris, je me suis aperçue que les apnées avaient disparues, j’ai donc rendu le masque avec un grand soulagement après des années de galères. Mon hypertension aussi disparaîtra après ce challenge.
Mais pour arriver à ce résultat il a fallu une régularité sans faille. Une fois passé les 10 premiers mois de « remise en forme », nous avons commencé une préparation spécifique marathon de 12 semaines, allant jusqu’à 80 km par semaine de course. Le travail du coach pour m’emmener jusqu’à ce niveau a été proprement incroyable. Seule ombre au tableau, une fracture du pied suite à un choc contre un trottoir un mois avant le marathon. La douleur de la 5eme phalange se fait de plus en plus vive. J’ai atteint le maximum de douleurs après la dernière course longue où j’ai couru 30 km en 4 heures. Le pied en gonflant a surmultiplié la douleur, hypothéquant ma participation à la course. Heureusement que le programme spécial marathon se soldait par une semaine de repos. La douleur s’étant un peu atténuée, je me disais que ce temps de repos allait suffire. L’avant-veille de la course, je me suis rendu au salon du running pour récupérer mon dossard. Le salon était passionnant, j’ai beaucoup piétiné, et rencontré des personnes formidables. Le problème c’est que le soir je n’arrivais plus à marcher. La veille du marathon j’avais une dernière course à faire.

Symboliquement nous l’avons couru avec Ariakina, elle était là au début et à la fin. 20 minutes, qui furent très longues et confirmèrent mes craintes, la douleur allait m’accompagner jusqu’au bout. La dernière nuit, je me suis péniblement endormi à minuit trente, et à trois heures du matin j’étais assis dans le lit les yeux grands ouverts comme une chouette. Quatre heures plus tard, nous voici avec mon épouse et mes deux filles dans le métro en direction du premier QG ANIMALISTE sur les Champs-Elysées. Marco le président de CCE2A et Stéfany sont déjà là avec le matériel, banderoles et autres drapeaux et ce sont déjà fait contrôler par la police. Nous sommes rejoint par les autres associations, KM les Veganautes (qui ont fait fabriquer des badges Vegan Marathon pour notre concours), 269 Life France et notre équipe de tournage. A 8h45 je rentre dans la zone coureurs par le sas vert, celui où les participant doivent rejoindre la ligne d’arrivée Avenue Foch en 4 heures. Je n’ai jamais eu l’intention d’arriver dans ces temps, mais comme je n’en savais rien au moment d’acheter le dossard, j’en ai pris un au hasard. Ici de nombreux coureurs guettent un rayon de soleil, certains sont déguisés, un couple avec un haut de forme et un voile portent un tee-shirt où est inscrit « 42,195, notre cadeau », des lapins me regardent. En fait les lapins sont véganes et me connaissent. Nous discutons. Nous ne savons pas encore tous les trois qu’ils vont bientôt faire partie de mon histoire. Je rencontre ainsi une dizaine de véganes, tous me connaissent mais je n’en connais aucun, c’est dommage. La prochaine fois il faudra faire une équipe végane, et pourquoi pas ? Je vois un vegan que je connais, Chris un runner anglais. Mon pied me fait mal, et la station statique n’arrange rien. L’heure du départ arrive. En définitive je pars dans un autre sas, celui des coureurs qui doivent faire le marathon en  4h30. Il est  9h41, et nous sommes quelques milliers à nous élancer sur les Champs-Elysées.  J’aborde la rue de Rivoli plutôt bien. En voyant des vidéos des précédentes éditions du marathon, j’imaginais qu’il devait y avoir plus de chahut au départ. En fait il y a beaucoup d’espace dans la descente vers la Concorde. Je pars plutôt vite par rapport à mon niveau habituel, mais je ne suis pas inquiet je fais souvent ça à l’entraînement avant de trouver mon rythme. Il doit faire dans les 15°C et même si la température est idéale, un nombre important de coureurs longent le côté gauche de la chaussée rue de Rivoli, protégés du soleil. J’avais promis à l’équipe de tournage de courir toujours à droite, mais je me résigne à rejoindre le côté gauche, après tout il ne doit y avoir personne de mon équipe jusqu’à Bastille où se trouve le second QG ANIMALISTE. En fait ce sont des dizaines de militants et de véganes qui sont sur le bord de la route entre Concorde et Bastille et qui m’encouragent. Certains ont des pancartes avec mon prénom dessus, ou Vegan Marathon.

C’est sympa, j’essaie de tous les saluer mais à force de zigzaguer d’un côté à l’autre de la route, je finis par manquer le premier point de ravitaillement. Je ne vois pas non plus le deuxième QG ANIMALISTE. Mes filles et l’équipe de tournage qui me filment au début du Faubourg Saint-Antoine. Trente cinq minutes pour faire les 5 premiers km, ça va, je suis dans mes prévisions. Paradoxalement c’est sur cette distance que j’ai eu le moins mal au pied, la foulée étant plus longue, je dois moins appuyer sur la partie douloureuse. Je m’étais déjà rendu compte de ce détail à l’entraînement. En direction du Château de Vincennes, rue de Reuilly puis avenue Daumesnil, plusieurs montées successives m’obligent à baisser le rythme, et tout de suite le pied me rappelle à son bon souvenir, mais c’est supportable. J’arrive à un bon rythme au km 10 pour mon premier ravitaillement (ayant loupé le précédent). Là je suis surpris par l’état de saleté autour des stands et par le comportement de nombreux coureurs qui jettent littéralement leurs restes d’oranges et de bananes par terre, quand ce n’est pas sur les personnes qui les servent. Ce manque de civisme me semble incohérent avec les valeurs du sport. Certains l’ont bien compris, et j’ai vu des coureurs parcourir une longue distance avec une bouteille vide pour aller la jeter dans une poubelle, bravo. Je m’arrête donc au ravitaillement, j’ai très soif, je prend deux bouteilles d’eau que je bois coup sur coup, et je repars. C’est ma première erreur. Aux entraînements j’avais l’habitude de boire au fur et à mesure, par petites gorgées et je n’ai jamais eu de soucis. Ici, alors que je passais devant le Château de Vincennes, j’avais mal au ventre et j’entendais d’étranges gargouillis. A tel point que je ne me suis pas arrêté au ravitaillement suivant. Encore une erreur.
Au km 13, dans le bois de Vincennes, je retrouve Maïté, (une militante de L214  et de VEGAN MARATHON) qui me mitraille de son appareil photo. Pendant la semaine qui précédait le marathon, la toile s’est enflammée en apprenant ma blessure. Certains pensaient que j’étais inconscient de courir tout de même, d’autre écrivaient que je devais aller au bout. Maïté me conseillait jour après jour, à propos des soins que je devais apporter au pied. Elle n’a jamais contesté ma décision. Il n’y a rien à faire concernant une fracture si ce n’est du repos, et ça impliquait de jeter aux orties des mois de dur labeur, impossible de mon point de vue. Enfin et surtout, j’avais embarqué beaucoup trop de monde dans cette aventure pour revenir en arrière. Les associations avaient confectionné des banderoles, des affiches, des badges, je ne me voyais vraiment pas leur faire défaut, la défaite n’est pas une option. Pendant 9 km Maïté m’a suivi à vélo, et quelquefois m’a précédé pour me mitrailler à nouveau. Elle a troqué son blouson aux couleurs de L214 pour un tee-shirt militant. Alors que des personnes dans la force de l’âge commençaient à souffrir de la chaleur, Maïté pédalait comme une jouvencelle vers la sortie du bois de Vincennes. Je la filmais avec ma Gopro autant qu’elle me photographiait. Tout va si bien que juste avant de sortir du bois, je prend le temps de me « quereller » avec des sonneurs de trompes de chasse. Au moins j’ai toujours assez d’énergie pour m’en prendre à une quinzaine de sonneurs mécontents. Nicolas, un runner avec Vegan Power sur le tee-shirt me rejoint : « C’est grace à vous que je cours le marathon » me lance t’il avant de s’échapper à grandes enjambées. Je retrouverais aussi Nicolas et sa soeur Céline dans la suite de l’aventure.
A 11h45 j’arrive au km 15 – en deux heures – et je suis déjà cuit comme un pop corn. L’insolation est foudroyante. Au QG suivant ma fille s’inquiétera de ma couleur cramoisie. Je repart avec trois bouteilles du ravitaillement suivant, une dans chaque poche et une à la main. Je me dis que la remontée de l’avenue Daumesnil en direction de Bastille va être terrible, et elle l’est. Pourtant j’accélère un tout petit peu car j’ai très envie de revoir mon équipe au prochain QG qui se trouve au 22eme km. Ils sont tous là au tournant de l’avenue Bourdon. Je vois d’abord mes filles qui me filment ainsi que l’équipe de tournage, Patricia mon épouse est non loin, en plein soleil (ça va se payer le lendemain, vive les insolations). Marco et toute l’équipe du CCE2A ainsi que Régis et 269 Life France sont là, donnant de la voix, drapeaux d’ALF, et bannières au vent. Eux aussi sont en plein soleil depuis ce matin. Avec la chaleur, ma vitesse a un peu baissé dans les bois et en baissant ont accentuer ma douleur. Depuis le 15ème km la douleur est vive, pourtant je passe le 22e sourire aux lèvres. Les foulées étant moins amples j’en fais beaucoup plus. Pour un coureur de mon gabarit la pression exercée en course sur mes jambes peut aller jusqu’à 1346kg (12 X113), c’est dire si j’hypothèque mes chances de réussite à chaque pas. J’ai donc commencé à prendre du retard sur mes prévisions, voyant le meneur d’allure du 5h30 me doubler, juste avant de rejoindre le QG. Malgré ce retard, et une température qui arrivait aux 20° mes courageux supporters attendaient en plein soleil, en profitant pour communiquer pour la cause. Taz et Melany avaient imprimé des flyers (avec Vegan Marathon), qu’ils distribuaient avec les autres activistes. Les animaux ont bien de la chance d’avoir de tels soutiens, et moi aussi. En arrivant à leur hauteur, je leur fais une bise à tous et je les remercie vivement. Je ne suis pas certain qu’ils mesurent à quelle point leur présence est cruciale. Je repars donc le coeur léger, me disant que j’avais déjà parcouru plus de la moitié du marathon, et qu’un semi je sais déjà faire. Ma joie est de courte durée, je sombre entre le quai des Célestins et la Voie Georges Pompidou. Les descentes et les remontées des tunnels ont raison de mon stoïcisme. Je double Philippe, un autre coureur végane, qui est sur le point d’abandonner la course. Et moi alors ? Vais-je arriver encore à tenir longtemps ? J’ai l’impression qu’une armée de démons se glisse sous mon pied pour enfoncer des épées, qui me transpercent de part en part. La douleur irradie mon pied, mon mollet, le devant de la jambe et jusque dans les bras. Je suis à un peu plus de la moitié du parcours, à 4h20 de course, et je n’ai jamais couru plus longtemps. La température culmine à 25° soit 10 degrés de plus que la veille – et que le lendemain -,  et j’ai l’impression que ma peau est brûlée sur chaque partie de mon corps. Ma fréquence cardiaque est à 150 alors que je ne cours plus qu’à 6,5 km/heure. C’est là que j’ai une mauvaise pensée. Mes tests à l’effort ont démontré que j’ai une capacité cardiaque équivalente à celle de certains champions (380 watts), mais il n’en est pas de même de l’hypertension. Lors des tests à l’effort j’étais à 160 au repos grimpant jusqu’à 240 vers la fin du test. Et nous n’étions certainement pas dans des conditions aussi extrêmes. Un AVC n’est pas si improbable. Je chasse cette idée rapidement (merci coach pour la méditation), et je me concentre sur le km 30, c’est-à-dire le mur du marathon, où devait m’attendre Laurent et L214 ainsi que mon équipe de tournage et ma famille. Je m’efforce de visualiser ce moment, alors que je vois autour de moi les ambulances défiler (plus de 1000 interventions dans la course), et des sportifs allongés ou assis au bord de la route. Arrivé au 30 kilomètre rien, personne. J’ai un moment de tristesse, mais je ne m’arrête pas. Arrivant presque au km 31, j’aperçois mes filles et les caméras, qui valdinguent de toute part. Je cherche les miens du regard, ce qui semble un peu contrarier mon chef opérateur qui me filme. Laurent avait repoussé le QG animaliste devant la maison de la radio, et là surprise, une véritable haie d’honneur m’attend. Les militants hurlent « Magà, Magà! ». Les militants de part et d’autre de la route, brandissent des pancartes avec mon nom dessus, ou mon visage, et également des slogans liés à Vegan Marathon ou à la cause animale. Dire que je suis heureux de voir tous ces visages amis est en-dessous de la vérité. Moment de joie intense, qui se concrétise par des embrassades et des effusions. Je m’arrête et je les embrasse tous les uns après les autres. Le militants me suivent sur plusieurs mètres,  insistent pour prendre une photo. Je ne peux rien leur refuser. Je fais quelques pas encore en tenant Laurent par l’épaule. Je suis impressionné par la détermination de ces militants, restés des heures en plein soleil pour leurs convictions. Mon ami Laurent avait bien œuvré. Depuis des semaines, il préparait ce travail. Il avait confectionné toutes ces affiches et mobilisé les troupes. Tant d’attention, j’étais vraiment touché. Grace à eux, là pour le coup, j’étais devenu indestructible et j’allais en avoir bien besoin.
Même si j’ai pris un retard énorme sur mon plan de course, je me prépare à mettre en place mon rituel comme je l’avais prévu. Ayant conscience de l’importance de la musique, j’ai choisi de courir sans musique. D’une part pour profiter de ce qui se passe autour, mais surtout pour que le moment ou je branche mes écouteurs soit d’un réel intérêt. Aller au delà du mur du marathon, était un premier objectif, finir la course devient à présent mon objectif. Et si possible la finir avec panache. Une autre course débuta donc après le km 30. Cette course est mienne, je me coupe du monde avec la musique, ne pensant plus à rien sinon à la course. Je visualise mon arrivée sachant que tout le monde m’attend à l’arrivée. Je contrôle ma fréquence cardiaque, ma vitesse et… je sens une main qui me tape sur l’épaule.
Une jeune femme sur un vélo. J’enlève mes écouteurs. – « Vous êtes hors temps ! » m’annonce-t-elle sans s’arrêter. – « Pardon ? » – « Vous êtes hors temps, si vous n’atteignez pas le prochain kilomètre dans une minute vous êtes déclassé ». En me retournant je vois la voiture balai sur laquelle est inscrite 6H, et je comprend qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie. Mon sang ne fait qu’un tour. Je lui lance « j’y serais ! » et j’accélère. Ma vitesse augmente rapidement, 8,9,10, 11 km/h. Je double les autres coureurs par poignées de 10. J’arrive à temps au kilomètre suivant, je garde le rythme et j’accélère même encore un peu. Il ne reste plus que 8 kilomètres, je ne ressens aucune douleur, pas d’essoufflement, je ne sais pas à quoi je suis shooté mais je vole carrément, risquant de provoquer un rhume aux coureurs que je double.  Je vois encore des militants sur le bord de la route, et je croise le regard de mon ami Ludovic. Je suis à fond. A 7 kilomètres de l’arrivée, plus rien ne peut m’arrêter, je ne vois plus la voiture balai depuis longtemps.
Encore 300 mètres, et au tournant suivant, en pleine euphorie, c’est la catastrophe. Au moment où mon pied droit touche le sol, je sens une décharge électrique traverser mon corps. Ma fracture a atteint ses limites, et je suis incapable de poser le pied par terre. Je tente une dernière charge, impossible. Encore une autre et une autre, chaque fois le résultat empire. La douleur est terrible. Je commence à transpirer démesurément. Depuis le km 30 il n’y a plus aucun ravitaillement, le seul grain de sable dans cette incroyable organisation du Marathon de Paris. Il y a bien un stand Isostar qui distribue des boissons énergisante mais je sais que leurs produits contiennent des traces de lait, de mollusques et de crustacés. Je refuse la boisson, mais le problème n’est pas là. Je ne manque pas d’énergie, je pourrais faire de la revente aux autres coureurs et je ferais fortune. Non mon vrai problème est la douleur incessante. A ce seuil, il n’est plus question de méditation, et je ne pense qu’à cette blessure. J’envisage toutes les possibilités, y compris courir les derniers kilomètres à cloche pied. La seule chose certaine, c’est que pour rien au monde je n’arrêterais. J’allais ramper jusqu’à la ligne d’arrivée s’il le fallait, mais j’allais y arriver. Et c’est pratiquement ce qui s’est passé. A un moment donné ma montre Polar s’est arrêtée, batterie faible. Plus moyen de connaître ma fréquence cardiaque, la distance, plus rien. J’étais perdu comme un naufragé sans boussole. De rage je m’élance dans une tentative désespérée, mais c’est impossible d’aller plus loin. Je ne peux pas faire un mètre de plus, pas comme ça en tout cas.
Je me calme, prend une grande respiration, et commence à courir à petites foulées, puis à marcher, alternant avec les petites foulées. J’allais y arriver, la défaite n’est pas une option ! A 200 mètres de l’arrivée mes filles me rejoignent, pour courir avec moi. Des militants nous encadrent. Nous continuons ainsi pratiquement jusqu’à la ligne d’arrivée. Arrivés à quelques dizaines de mètres de la ligne, un agent se dresse face à nous pour nous empêcher de franchir la ligne. Derriere moi deux femmes qui sont allés au bout d’eux-mêmes pleurent. Elles ont dépassées leurs limites personnelles. Je suis également déçu, j’avais prévu de remettre ma médaille de finisher à l’association CCE2A, j’imaginais déjà les larmes de Marco (si, si, je le connais bien).
Mais nous n’étions pas prêt à abandonner. Contenir les militants de la cause animale n’est pas une mince affaire. Je poursuis ma route avec Ondalina et Ariakina et les militants.Le tambour de Nathalie résonne, le mégaphone de Taz crachote, faisant écho aux applaudissements des militants. Ils me guident vers une contre-allée que nous rejoignons à petite foulée. Le compteur officielle tourne toujours, nos caméras filment, et nous avons fait ce que nous savons faire : RESISTER ! Rejoint par d’autres frères et sœurs de la cause animale, nous forçons le passage, nous nous plaçons face à l’arrivée. Encore 10 mètres et je serais marathonien, un challenge aussi politique que sportif. La ligne est franchie, nous crions, pleurons, la sécurité s’énerve, VEGAN MARATHON est une réussite totale, à l’image de cette lutte titanesque qu’est la protection du vivant. Le travail réalisé pour la cause animale grâce aux associations est inestimable. La prise de conscience, l’abolition de l’exploitation animale, la chute de tous les murs, l’ouverture de toutes les cages, la fin de toutes les discriminations, du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de l’esclavage sous toutes ces formes, c’est à nos militants que nous la devons. Ils croient à un avenir serein, plus fraternel, plus juste et plus respectueux, et j’y crois aussi. Ma victoire personnelle était acquise au moment où je me présentais sur la ligne de départ du marathon de Paris. Ces 11 mois de préparation m’ont complètement transformé, guéris, et je méritais déjà ma médaille de finisher. Cette médaille l’organisation finira par me la décerner et je la remettrai à l’association CCE2A trois mois plus tard entouré de toute l’équipe des runners et des bénévoles de VEGAN MARATHON.
Finalement cette arrivée est complètement en cohérence avec la lettre et l’esprit de Vegan Marathon un acte de résistance, de la fermeté dans nos convictions, de la générosité.
J’aime la justice l’idée de courir pour les humains et  pour les animaux. Le marathon est une voie de l’humilité, du courage et de l’empathie, des vertus indispensables à la préservation du vivant. Mon nom est Magà Ettori, je suis un corse et citoyen du monde, végane et animaliste, abolitionniste et antispeciste, cinéaste et marathonien, mais tout ça importe peu car au bout du compte, je suis VEGAN MARATHON. AIO le CLAN, AIOOO !
le compteur marque 8:32 37 (depuis le matin, mais le temps de Magà Ettori est de 6:32

crédit photos reportage : Ondalina Ettori, Ariakina Ettori, Pierre Marie Paubel, Caroline Richard Sevilla, Nathalie Krier, Maïté Bachata

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