LE CHALLENGE

Le murPhidippidès, le soldat de Marathon annonçant la victoire (Jean-Pierre Cortot) du marathon, c’est cette défaillance quasi programmée à un point précis de la course lorsque le corps, toute réserve épuisée, capitule. Au départ
du challenge que se fixe Magà Ettori, le mur, quasi muraille, apparaît comme une certitude inéluctable. Magà n’est plus tout jeune, et il est lourd, trop lourd. Il le sait : le marathon est une affaire d’endurance et d’entraînement, mais aussi de morphologie. Et le moins que l’on puisse dire c’est que notre coureur n’a rien d’un Kényan ou d’un Éthiopien des hauts plateaux… Il lui faut donc compenser ce handicap inéluctable, par une rationalisation de l’apprentissage, de l’effort. Apprendre à lutter avec et contre son corps, un corps qui de plus souffre de blessures de jeunesse qu’un rien ravive, le dominer pour en faire son complice dans la réussite, c’est vivre aussi l’apprentissage de la solitude et de la fragilité de l’édifice que l’on bâtit. Entouré de conseillers spécialisés, de médecins, de vegan-marathon-2personnages au contact enrichissant, l’arpenteur d’asphalte est quand même seul à se colleter avec son cœur et son souffle. Il lutte contre lui-même, il lutte contre le décor, la ville, qui lui apparaît comme multipliant sciemment les obstacles. Elle n’est pas son élément, ni historiquement, ni culturellement. Entre le maquis originel et le pavé qui servira de cadre au défi, il y a un gouffre – qu’il faut pourtant franchir. Mais l’originalité de la démarche de Magà Ettori ne se résume pas à ce combat contre sa propre nature. Il court en militant de la cause animale, de l’harmonie entre toutes les manifestations du vivant. D’où la dimension philosophique qui sous-tend son action : il est des utopies en apparence lointaines et irréalisables. Pourtant, elles sont plus faciles d’accès qu’on ne le croit. Il suffit de se convaincre de leur possibilité et d’agir en ce sens : le monde peut un jour se fonder sur des valeurs de respect de l’environnement et des êtres, comme les villes réticentes à l’étranger devenir amicales –  comme le marathon peut être couru par un non-athlète qui accepte le martyre de l’endurance au nom de son idée du progrès.